Tu l’entends, l’appel de la steppe ? Avec plus d’un million de kilomètres carrés de prairies battues par des populations nomades à cheval, la Mongolie est un fantastique terrain de jeu et surtout de découverte qui s’apprécie encore plus en hors piste, au guidon d’un side-car. Récit de voyage.

 Texte Philippe Guillaume – Photos : Mo & DR

Neil Armstrong avait un rêve : marcher sur la lune. Jean Burdet en a un autre : partout où il va, c’est d’y aller en side-car. Chacun son truc après tout.

Après moult voyages en Inde dont un, il y a deux ans, qui le vit, avec son fils, conquérir le toit du monde sur un engin de sa conception à 5602 mètres d’altitude dans l’Himalaya (revoir MRC n° 77 de novembre 2014), Jean décida cette année d’aller fouler d’un pas alerte les vastes plaines mongoles. Problème, et de taille : aller trouver un side-car en Mongolie, pays façonné par Gengis Kahn, grand amateur de chevaux devant l’éternel, hélas sans la vapeur.

Jean Burdet est un grand amateur de problèmes, car il a toujours des solutions : le PMM (paysage motocycliste mongol) étant inversement proportionnel à la majesté de ses paysages (en gros, quelques chinoiseries sous licence revendiquant fièrement leurs lointaines origines japonaises, et de vieilles Ural perpétuellement en panne), il fallait trouver une perspective raisonnable pour mener à bien un tel voyage. Homme de réseau, Jean a fait livrer quelques Royal Enfield de chez Vintages Rides, à New Dehli, et il a mis dans un container quelques châssis de sa conception façonnés avec amour dans son atelier francilien. Magie de l’opération : la somme dépasse l’apport des parties. Légère, simple et coupleuse, la Royal Enfield attelée donne l’impression d’avoir été conçue pour aller rouler à l’aventure dans l’herbe haute et approcher au plus près les yaks, chameaux, chevaux, moutons et chèvres qui constituent l’essentiel des richesses mongoles.

Un doux sentiment d’intemporalité

Dire que la Mongolie est une terre de contraste tient de l’antiphrase car l’amateur de diversité noiera son chagrin dans un océan de verdure. L’expérience de la Mongolie tient aussi de la rencontre avec les gens. Certes, ils ne sont pas nombreux et ils ne parlent pas vraiment anglais. Mais ce que la spontanéité et les babillages y perdent, on le récupère en sincérité. Et ce type de relations, Jean à dû les pratiquer dès son arrivée : dédouaner une caisse de châssis de side-car et trouver un camion, tous réquisitionnés au moment des élections, nécessite un certain sens de la débrouille. Et l’improbable, parfois, semble naturel.

Quelques jours à Oulan-Bator, sas de décompression entre l’Occident saturé et l’immensité de l’Asie sauvage. Ville dense et paradoxalement paisible, notamment parce que 80 % des voitures sont hybrides et donc, silencieuses. Croisements improbables : une R1 et une GSX-R, et une juxtaposition étonnante entre gratte-ciels et yourtes

urbaines, entourées du charme indicible et suranné des villes de l’Est. Mais les Royal Enfield pétaradent en cadence sur leur ralenti, la roue avant tremble et n’a qu’une envie : dévorer l’horizon.

Une aventure soft, mais quand même…

Que c’est bon, de passer des heures au guidon, déflorant à peine un paysage qui ne rentre jamais dans le format XL de la carte postale dans cette vaste région d’Arkhangaï, à l’ouest de la capitale. La steppe mongole, c’est l’assurance d’un iris saturé d’un camaïeu de verdure et la confirmation qu’à moto, le vrai luxe, c’est l’espace. Le tourisme se développe, sans toutefois trahir les valeurs fondatrices de cette culture fière : les nomades d’aujourd’hui peuvent rouler dans de gros 4x4 Toyota hybrides et avoir deux cellphones (et qui serions-nous pour le leur reprocher), mais les yourtes de passage respectent l’architecture et la décoration ancestrale. En bonus : une propreté clinique.

Au réveil, et comme le lendemain, et le surlendemain, etc, ne pas se fier à la prairie qui, en bien des endroits, semble aussi docile que le green d’un golf anglais. Les sousliks, petits écureuils aux airs mutins de marmotte, creusent trous et galeries qui sont plus périlleux pour les sabots des chevaux que pour les motos. Le vrai danger tient surtout à ces inattendues mais pourtant très présentes bouteille de vodka vides, qu’il faut s’attendre à trouver, jonchant le sol, même dans des endroits incongrus.

La vénérable machine indienne et son équipage tiennent, bon gré mal gré, un petit 80 km/h de croisière dans la plupart des situations, prouvant une fois de plus que la BMW R 1200 GS Adventure affublée de tout le kit baroudeur, c’est vraiment surfait. Le bon couple et les good vibes du gromono sont parfaitement en phases avec l’esprit des lieux : flâner pour profiter de l’extraordinaire richesse végétale et de ces déclinaisons infinies d’edelweiss, qui démontrent au voyageur attentif que l’apparente uniformité et monotonie de la steppe ne sont qu’un leurre.

 Sur les contreforts vallonnés laissés par d’anciens volcans, la Bullet attelée doit se montrer agile et équilibrée sur ces pistes généreuses en dévers. Un peu plus tard, elle devra déployer ses coups de pistons avec parcimonie, pour franchir les nombreux gués (trop lentement, et l’eau entre par l’échappement qui fait caler l’attelage, trop vite, et le panier du side crée une onde qui va déséquilibrer et ralentir l’ensemble).

Belle métaphore : aller rouler en Mongolie, c’est complètement repenser son rapport au temps et à l’espace.

 

La Mongolie en side-car Royal Enfield est désormais au catalogue de l’agence Vintage Rides.